Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive

Publié le par Brigitte Sabban-Weyers

Passionnant, jubilatoire, excitant, formidable livre

Autour des 3 personnalités du cinéma français Jean-Pierre Rassam, Claude Berri et Maurice Pialat.

Une lecture vive, forte, rapide à la fois parce que certains éléments de l’histoire sont connus mais surtout parce qu’on a le sentiment de comprendre ce qui fait fonctionner ces personnalités là, ce qui les fait avancer.

C’est drôle, c’est brutal, c’est exaltant.

EXTRAITS

(…)

« Les critiques, récite Rassam, les gentilles comme les méchantes, les justes comme les injustes, percent le cœur des artistes avec une égale cruauté ; en s’enfonçant dans l’oeuvre, elles trouvent toujours le point de vérité qui blesse ou caresse, car elles rencontrent ce que l’artiste sait de lui-même et que l’œuvre n’a donc pas à réussi à dissimuler. » Bernanos

(…)(discussion entre Jean-Pierre Rassam et Claude Berri)

- (…) J’ai trouvé un nouveau titre. MAZEL TOV OU LE MARIAGE. Le titre n’a jamais été pris.

- Tu m’étonnes.

- Non, c’est vrai, j’ai vérifié.

- Tu plaisantes, j’espère ? Mazel Tov ? C’est comme si tu mettais à l’entrée des cinémas : « Réservé aux Juifs ».

- Pourquoi tu dis ça ? On a fait presque trois millions d’entrées avec le Vieil homme, les spectateurs n’étaient pas tous juifs.

- Tu as eu l’intelligence de ne pas l’appeler Le Vieil Homme et l’enfant juif. Est-ce que tu saisis la différence ? Et puis, tu parlais des juifs malheureux ! Les Français adorent les juifs malheureux, les déportés, tout çà, ils sont à fond pour, ils font la queue pour les voir crever, mais ils ne veulent pas voir des Juifs heureux qui se marient, lalala, avec leurs bigoudis et tout ça.(...)

(…)(discussion entre Jean-Pierre Rassam et Claude Berri)

(…)

- Je fais un cinéma autobiographique, sans concession. Je m'offre à moi-même comme sujet.

- Ca va Montaigne, on se calme. Si Arlette avait été là, elle t’aurait dit : « Il ne suffit pas d’être autobiographique pour être sincère. »

- Je m’en fous de ce qu’Arlette aurait dit ! Elle n’avait qu’à être là si elle avait quelque chose à dire.

- En tout cas, je sais ce qu’aurait dit Maurice.

- Ca non plus, je ne veux pas l’entendre.

- Maurice aurait ajouté : « Il ne suffit pas d’être sincère pour avoir du talent. »

(…)

Il (Jean-Pierre Rassam) s’en prend aussi à l’avance sur recettes, ce système qui permet à l’Etat d’aider le cinéma d’auteur par des subventions prélevées sur le « Fonds de soutien », lequel est financé par une taxe sur les recettes des films, français ou étrangers :

- C’est l’invention la plus diabolique qui soit. Elle suscite des vocations innombrables puisque « avoir l’avance » permet à n’importe qui de rêver pouvoir faire un film. Des centaines de milliers de n’importent qui viennent présenter des sujets à cette commission d’avance, qui, au mieux, leur refuse l’argent, et au pire, offre aux élus une corde de quelques centaines de milliers de francs pour se pendre. Cette commission qui n’est rien d’autre qu’une machine à trier, et à refuser, ne donner aucune raison à son refus, comme dans Kafka. Mais on sait pertinemment qu’il y a des combines, certains membres octroyant des avances à des maison de production dans lesquelles ils ont eux-même un projet en préparation.

QUICONQUE EXERCE CE METIER STUPIDE MERITE TOUT CE QUI LUI ARRIVE

Christophe DONNER

Editions Grasset

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive

Publié dans LIVRES

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