DES HOMMES TOURMENTES de Brett MARTIN

Publié le par Brigitte Sabban-Weyers

 DES HOMMES TOURMENTES de Brett MARTIN

Extrait de ce livre passionnant dont le sous-titre résume le propos :

Le nouvel âge d’or des séries : des Soprano et The Wire à Mad Men et Breaking Bad

Comme j’ai la chance d’avoir regardé la plupart des séries , cette lecture était instructive, intéressante, jubilatoire…

« A l’instar de ses protagonistes, cette nouvelle génération de séries télé proposerait des histoires bien plus ambiguës et bien plus complexes que tout ce que la télévision, sans cesse occupée à satisfaire le plus large public possible et les groupes d’annonceurs, avait jamais connu auparavant. Sur le plan narratif, on serait féroce : on n’épargnerait pas les personnages susceptibles d’être les favoris du public, et on ne laisserait donc que peu de place au processus de catharsis et aux commodités de dénouement sur lesquels la télévision avait coutume de faire tourner son fonds de commerce. »

« (…) la série The Wire et son univers s’étaient développés aussi loin qu’Hollywood que c’était envisageable. Et son histoire embrassait, de maintes façons, les figures élaborées d’une danse intime entre réalité et fiction.

De nombreux points communs existent entre les deux David – Chase et Simon - , les deux showrunners qui ont défini le potentiel créatif des premières années du Troisième Age d’Or. Chase, en professionnel accompli de cette industrie, aborda la possibilité de cette nouvelle forme d’art en tant que créature, quoique récalcitrante, issue de la télévision elle-même. Simon avait déjà un pied dans le milieu de la télévision à l’époque de The Wire, mais il était évident, à l’observer à Baltimore, qu’il était une authentique pièce rapportée. Aucun d’entre eux ne manquait d’ego, mais là où Chase pouvait se montrer colérique et fragile, Simon était direct, pugnace et apparemment dépourvu de névroses. (…). Leurs séries reflétaient ces différences de tempérament et de contexte : Les Soprano, malgré tous ses rebondissements et ses retournements de situation, tait une série essentiellement tournée vers l’intérieur – un drame psychologique sur un homme cherchant à combler un vide qu’il ne comprenait pas vraiment. Dans la tradition de la grande littérature postfreudienne, on parlerait du fossé entre l’homme d’intérieur et le monde extérieur. The Wire, par opposition, était quasiment prémoderne dans sa vision ample et son ambition balzacienne, qui consiste à établir l’inventaire de chaque recoin d’un univers. »

« (…) son créateur et showrunner, Vince Gilligan, avait également la réputation d’être un bon employeur, quelqu’un qui parvenait à allier la maîtrise et la vision microscopique du plus autocratique des showrunners à l’esprit ouvert et encourageant du plus décontracté d’entre eux. La collaboration était son credo.

« La pire chose que les Français nous aient léguée est la théorie de l’auteur, affirme-t-il avec conviction. C’est de la merde en barre. Tu fais pas un film tout seul, et encore moins une série. Tu fais en sorte que les gens s’investissent dans leur travail. Tu mets les gens à l’aise avec leur travail ; tu leur permets de s’exprimer. »

(Gilligan a écrit sur la série X-Files et il avait une spécialité, les épisodes autonomes. Pour un des épisodes, il cherche un comédien) « Le rôle n’était pas facile à pourvoir. « Il nous fallait un acteur capable d’interpréter ce mec qui est un salaud, un dégueulasse ordinaire, pas du tout sympa, et en même temps, il fallait qu’au bout d’une heure, quand ce mec meurt, on se sente mal, explique Gilligan. C’est facile d’auditionner des rôles de sales types. Mais auditionner un sale type pour lequel on éprouve de la compassion, c’est beaucoup plus délicat. » L’acteur qu’il trouva, Bryan Cranston, allait par la suite accomplir un autre numéro d’équilibriste, sous les traits de Walter White, l’anti-héros de Breaking Bad.

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