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LA MELODIE DES CHOSES de Maïté MAILLE

27 Novembre 2015, 14:38pm

Publié par Brigitte Sabban-Weyers

LA MELODIE DES CHOSES de Maïté MAILLE

J'ai eu la chance de lire le scénario de Maité Maillé il y a quelques temps et le plaisir, quelques mois plus tard de voir son scénario mis en lumière, sonorisé (bande sonore signée Joe Dahan), formidablement incarné. C'est aérien, triste, fanstasque, subtil, drôle, émouvant.

ARTE a choisi dans le cadre de sa carte blanche, LA MELODIE DES CHOSES pour le festival PARIS COURT DEVANT.

J'ai demandé à Maité un texte, plus précisément sa note d'intention avant la concrétisation de son scénario. Je pense que c'est intéressant, révélateur, constructif, de lire le cheminement d'un projet, les réflexions, directions, pensées des créateurs.

Merci Maité pour ce partage, et dès que vous le pourrez, allez voir son film!

Dans le cadre du festival Paris court devant Arte a choisi LA MELODIE DES CHOSES qui sera projeté au Mac Mahon le 14 décembre 2015 à 21h. entrée gratuite.

L’ORIGINE DE CETTE HISTOIRE
C’est l’histoire vraie et exceptionnelle d’un homme qui a cherché toute sa vie qui était sa
famille et qui se retrouve même dans la mort, dans la tombe d’une famille qui n’est pas la
sienne.
Cet homme c’est mon père.
Mon état pendant cette période suivant son décès m’a inspiré le traitement de cette histoire ; je
vivais les événements du quotidien avec une sensibilité exacerbée qui donnait à la réalité une
dimension surréaliste.
Et j’ai réalisé à posteriori que l’inspiration de cet état m’avait permis d’écrire tout
naturellement, une histoire qui ressemblait à ce que j’avais ressenti, quelque chose d’absurde
de drôle et d’émouvant à la fois.
C’est cet état, qui m’a inspiré le personnage de Léna. Léna est une fille qui n’a pas le sens des
conventions, qui agit par instinct, qui est d’une grande sincérité et qui a gardé quelque chose
de proche de l’enfance. L’état dans lequel elle est, à ce moment précis de sa vie, met en
exergue sa nature profonde, et permet toutes les libertés sans avoir besoin de les justifier.
Mon père a découvert tard dans sa vie qu’il avait été adopté, Il s’est mis en quête de
rechercher ses parents biologiques et après des années où nous imaginions au fil des espoirs
toutes sortes de grands-parents réels ou imaginaires.
Il a retrouvé sa mère... ses retrouvailles l’ont délivré et anéanti à la fois.
Elle n’était pas la mère idéale et imaginée, et elle ne lui révéla jamais de qui elle était tombée
enceinte.
Ne pas connaître ses origines devenait une question lancinante et angoissante a laquelle il
échappait en buvant.
J’ai vraiment eu l’impression d’assister à la dérive d’un homme qui n’avait jamais su nager
(au propre comme au figuré) mais qui n’avait même plus la force de flotter et se laissait
emporter par le courant en connaissant sa destination finale.
Le jour où j’appris par le Maire de la commune que mon père était enterré dans le caveau
d’une famille qui n’était pas la sienne.
J’ai cru à une farce.
Alors même dans la mort, il n’était pas dans la bonne famille ?
Le premier enterrement nous étions mes deux soeurs, ma mère, son meilleur ami et moi dans
le froid de l’hiver, c’était Noël.

Le second aurait pu être l’occasion d’organiser un bel enterrement avec toutes les femmes qui
ont croisé sa vie, tous ses amis et nous... sa famille.
Mais nous étions en plein mois d’Août et ma soeur et moi l’avons enterré, une seconde fois,
dans la chaleur d’un cimetière vide.
L’histoire vraie et exceptionnelle de cet homme qui a cherché toute sa vie qui était sa famille
et qui se retrouve une fois mort dans la tombe d’une famille qui n’est pas la sienne, semblait
une chose normale, dans un monde chamboulé.
Mais même si cette histoire est vraie, je ne pourrais pas l’écrire sans l’inventer.
Je ne souhaite pas écrire un film autobiographique, complaisant ou nombriliste…
Tout peut vous paraitre triste mais c'est une comédie, une comédie mélancolique.
J’aime la théâtralité du cinéma de Kaurismaski, la légèreté des films de Renoir, la poésie et la
dérision des films de Fellini, la vivacité, l’intelligence, la profondeur des films de
Cassavetes… Ce sont des réalisateurs qui ont « inventé » leur cinéma.
J’ai imaginé un voyage car le deuil est un voyage qui nous transforme de façon infime, et
parfois bouleverse complètement nos vies.
La voiture est le cocon, l’intimité de Léna, sa carapace et son « intérieur ».
C’est aussi la voiture de son père, comme une dernière peau qu’elle trimballe, pour une mue
prochaine.
Ce trajet en voiture vers le cimetière nous transporte dans une immobilité mobile, le temps
qui passe n’est pas uniforme, les paysages qui défilent dans des lumières changeantes
expriment les différentes émotions de Léna. Les coquelicots peuvent paraître plus rouges, la
brise du vent plus légère, la danse des nuages plus aérienne et la botte de foin qui marche le
long de la route, plus réelle.
Les paysages, les ciels sont ce que voit et ressent Léna. Ils seront traités de telle façon que
l’on comprenne qu’ils sont l’incarnation de son état.
La voiture qui traverse le paysage sera comme des tableaux successifs qui apporteront une
dimension spirituelle et émotionnelle. Ainsi que les gros plans de visage de Léna dans la
voiture qui donneront une impression d’intimité avec elle, d’être dans ses émotions et ses
pensées.
Ses plans s’opposeront aux scènes de comédie, filmées de façon dynamique, vivante et
rythmée.
C’est intentionnellement que les lieux ne sont jamais nommés ni clairement identifiables afin
que l’on ne puisse jamais situer géographiquement et temporellement ce trajet.
Elle est accompagnée par sa voix enregistrée dans le dictaphone qui est une lettre destinée à
sa soeur aveugle, qui raconte de façon poétique les derniers instants que Léna a vécu avec son
père et permet d’échapper ainsi à la confrontation d’une réalité sordide.
Cette voix-off interviendra à des moments précis pour créer une émotion, une rupture, une
intention.

LES DEUX FRERES
Les deux frères participent de ce ton décalé. Le duo doit fonctionner tout de suite
visuellement, comme une évidence de leur lien.
Ils vont être entraîné malgré eux dans un voyage qu’ils n’avaient pas prévu.
Ils sont confrontés à la situation improbable, celle de devoir accompagner une inconnue au
deuxième enterrement de son père.
Ils sont les témoins de l’état de Léna lié à ce moment particulier de sa vie. Cette rencontre
inattendue, va fissurer pour la première fois leur relation fusionnelle.
Léna dans une réceptivité totale de ses sentiments, est immédiatement séduite par l’un des
deux, Mathieu, et à partir de ce moment-là, le trajet en voiture devient aussi le théâtre d’une
rencontre amoureuse.
Car il y a souvent dans cet état de deuil, une prédisposition à l’amour.
Cela va perturber la relation entre les deux frères et ramener petit à petit Léna dans la réalité
de la vie.
Vincent qui avait comme unique préoccupation de préserver sa relation avec son frère se rend
compte que leur relation fusionnelle les a enfermé dans un monde dont il sent aujourd’hui les
limites et que cette fois, il ne pourra pas lutter contre le désir irraisonné et incontrôlable de
Mathieu de rester avec Léna.
LA MELODIE
J’ai entendu dans l’émission « Sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen, le
philosophe et musicologue Viktor Zuckerland expliquer « qu’entendre une mélodie, c’est à
chaque instant à la fois entendre, avoir entendu et être prêt à entendre et ainsi le passé et le
futur nous sont donnés avec le présent et à l’intérieur même du présent.
Ce que je ressentais pour cette histoire, la plénitude de l’écoulement du temps présent avait
inspiré de façon instinctive le titre du projet.
Une mélodie sera spécialement crée pour le film, qui reviendra tout au long de l’histoire
comme un leitmotiv que l’on associera toujours à Léna et son état.
L’objectif serait de réaliser un film rythmé, dynamique, vivant, qui raconterait ces moments
fragiles et importants d’une vie où tout est possible, une rencontre, une rupture...
Ces moments où tout d’un coup le temps n’est plus linéaire, mais s’étire ou au contraire
s’accélère.
Ces moments où notre condition de mortel nous paraît aussi absurde que nécessaire pour
avancer.
Alors, si je me présente devant vous aujourd’hui, pour la première fois en tant que réalisatrice,
c’est que le sujet s’est imposé à moi. Il m’a semblé impossible de le confier à une personne
étrangère à cette histoire. Non pas que cette personne ne pourrait pas faire un film réussi, mais
le sujet est si intimement lié à ma vie et ce que je suis, que je ne peux pas imaginer ne pas le
réaliser.

Maïté Maillé, scénariste, comédienne, réalisatrice...

Maïté Maillé, scénariste, comédienne, réalisatrice...

DIffusion de LA MELODIE DES CHOSES sur Arte le 7 septembre 2016 dans le cadre de Court Circuit

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Harry 13/12/2015 03:14

Tres bien.