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LA GRACE DES BRIGANDS de Véronique OVALDE, extraits

31 Mars 2016, 13:00pm

Publié par Brigitte Sabban-Weyers

LA GRACE DES BRIGANDS de Véronique OVALDE, extraits

(…)Malgré son statut de jeune fille farouche et vierge et en sécession, elle voulait le séduire, elle voulait porter des talons hauts et du fard à paupières, elle voulait le capturer et le garder, mais quelle idée enfantine , n’est-ce pas, de croire que c’est avec des talons hauts et du fard à paupières, qu’on capture et garde les hommes.(…)

(…) C’est l’odeur du large, du bois mouillé et des coquillages, l’odeur du varech bourdonnant de mouches, l’odeur des Lucky Strike sans filtre et du monoï, des bonbons à la pomme verte et du Sprite, c’est l’odeur de la Californie en 1976, ça sent l’herbe et l’océan, çà sent la poudre de Bonnie and Clyde, la sueur des habits synthétiques et l’encens, le musc, tes cheveux et leur shampoing à l’amande, le pain fait maison, la marijuana rincée dans l’évier, le plastique chauffé des cassettes audio en vrac dans la boîte à gants, çà sent le cèdre et Opium, le jasmin et l’agapanthe, le bitume brûlant, le vent qui vient du désert de Mojave et qui assèche la peau et la gorge, çà sent la poussière et le sable sale, çà sent le gasoil et l’essence qui jamais ne viendra à manquer, çà sent l’odeur des chaussettes des cinémas ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, çà sent le kreteks et les humeurs insurrectionnelles, le tabac froid et l’écorce des oranges, leurs feuilles si vertes et luisantes et cirées et vénéneuses, çà sent les clams dans les cornets de papier, la bière mexicaine, les tacos, les gaufres, le riz aux haricots noirs, la viande grillée, et toutes sortes de choses vinaigrées et sucrées.(…)

(…)

-Nous sommes dans le monde de la visibilité.

-Que veux-tu dire ? fait Maria Cristina légèrement sur la défensive.

-La beauté est une donnée nécessaire.

-C’est ainsi depuis longtemps.

-Non. Les femmes ont maintenant la possibilité d’être connues et visibles et pas seulement au moment où elles épousent quelqu’un.

(…)

(…)Il y a toujours ce moment parfait où vous détachez les cordes qui étaient nouées à vos poignets, les cordes y laissent leurs marques et leur brûlure et elles y laisseront longtemps leurs marques et leur brûlure mais quel plaisir de pouvoir regarder vos poignets, de le faire plusieurs fois par jour et de n’y voir que la trace du cordage et pas le cordage lui-même. (…)

Véronique Ovaldé

La grâce des brigands

Editions de l'Olivier , 2014

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