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LES PARAPLUIES D'ERIK SATIE de Stéphanie KALFON

21 Avril 2017, 11:48am

Publié par Brigitte Sabban-Weyers

Je connais Stéphanie Kalfon depuis quelques années. Elle est scénariste, réalisatrice, et vient d'écrire son premier roman. Dans l'écriture audiovisuelle que je connais d'elle, j'apprécie particulièrement son domaine de prédilection: la comédie qui a du sens, la légèreté qui permet de mieux supporter les évènements difficiles de la vie, l'humour qui permet de répandre des idées généreuses et fortes.

LES PARAPLUIES D'ERIK SATIE de Stéphanie KALFON

Chère Stéphanie, heureuse que tu acceptes de répondre à cet entretien écrit.

Première question: comment passe t-on de l'écriture de scénario à l'écriture d'un roman? Quel a été le déclencheur?

 

Pour moi, il n'y a pas eu de "passage". C'est une même source qui dicte sa musique, seules les formes se modifient. Dès le départ, selon le sujet et de manière très intuitive, je sais si l'écrin de l'histoire qu'il m'importe de raconter, sera un scénario, un roman ou une pièce de théâtre.

Le déclencheur pour moi c'est toujours une émotion personnelle et une image, une certaine lumière, une voix qui se posent et disposent dans le silence, ses pointillés, ses commencements. Pour "Les Parapluies d'Erik Satie", ça a été l'écoute d'une gymnopédie, il y a de cela quelques années. Elle m'avait laissée sur le bas côté du monde, suspendue, produisant comme un flocon d'émotion qui ne m'a pas quittée. Un jour, je me suis réveillée en me demandant pourquoi. Et ça a été le début de ma quête...

 


On dit que l'écriture d'un premier roman est souvent le besoin de parler un peu de soi. Or tu as choisi de parler de Erik Satie. Pourquoi as-tu fait ce choix? N'était-ce pas un exercice particulièrement difficile?

 

Que ce soit dans les scénarios que je développe ou dans l'espace du roman, j'écris pour retrouver ce que les films ou les livres m'ont apporté: ressentir, comprendre, aimer. Je ne sais pas si dans ce roman je parle un peu de moi, et ça n'a jamais été une question. Ce qui m'a portée, c'est ce sentiment de lire dans le trajet de Satie une cohérence lumineuse, là où ses contemporains (pour la plupart) voyaient du désordre incohérent, qu'ils ont vite fait de nommer "folie", car elle se dérobait à leur compréhension. C'est celle folie que n'interroge et que je piste. Il me fallait partir sur les traces de l'incompréhension dont Satie était l'objet et dont il fut aussi, ( à bien des égards vu son goût de la provocation): le sujet.
 

 

Avais-tu dès le début de l'écriture une idée précise de la forme que tu voulais donner à ton roman? Pensais-tu, pendant que tu écrivais, à la manière dont le lecteur percevrait ton roman?

 

Non. Je souhaitais d'abord "entendre" et faire entendre autant que possible la voix de Satie et celle de son époque. Je me suis énormément documentée, j'ai lu aussi tous ses écrits et sa correspondance, dans laquelle on entend un ton, une tonalité, des tics de langage. La forme est venue sans même que j'y pense. Je voulais m'approcher de Satie et cheminer à ses côtés, sans peser de ma voix sur la sienne. Un peu comme le principe du contrepoint en musique. L'écriture a été une manière de me promener à ses côtés à la manière dont Raymond Depardon l'écrit dans son livre "Errance": passer un moment avec quelqu'un, "puis le laisser intact". Alors j'ai mêlé sans arrêt ses mots et sa poésie, à mon écriture. Traversant sa vie aussi librement qu'un courant d'air et allant où ça résonnait le mieux pour moi. C'est en cela qu'il ne s'agit pas d'une biographie romancée mais bien d'un roman. Je n'ai pas cherché l'exhaustivité ni la rigueur historique péremptoire. J'étais en quête d'une vérité plurielle, d'une authenticité, d'un geste. De ce qui a fait la vie de Satie, sa signature de vie.

Non, pas une seule fois je n'ai pensé à la manière dont le lecteur percevrait le roman, j'étais trop occupée à l'écrire!...

 

Est-ce qu'écrire un roman est différent d'écrire un scénario? Est-ce que écrire sans contrainte a été libérateur pour toi?

 

Quand j'écris un scénario pour un film personnel, où je parle de choses qui m'importent, me touchent, me font rire, j'écris aussi sans contrainte. En dehors des "commandes" ou des "écriture multiples", quand je n'écris pas pour quelqu'un, je me sens aussi libre que dans le roman. En fait pour moi la liberté n'est pas liée au contexte de ce que j'écris, elle est partout car elle correspond à ma recherche de sens. Pourquoi je me lance dans telle histoire ou telle aventure, quel sens cela a dans ma vie? Ce sont les seules questions que je me pose. Donc aucune forme ou aucun projet n'est plus enfermant ou plus libérateur qu'un autre. Tant que je suis en accord avec les raisons pour lesquelles je m'y engage. Et quand je ne le suis pas ou que je ne le suis plus, j'arrête.

 

Passes-tu par les mêmes étapes d'écriture que celles pour écrire un scénario?

 

Oui dans la mesure où j'ai toujours du mal à obéir et à passer par les étapes conventionnelles d'écriture de scénario. Donc je n'en passe pas aucune. Je n'ai hélas qu'un seul chemin pour faire les choses et il est toujours silencieux, intérieur, chaotique, passionné et difficile à communiquer. Les idées fusent, aussi désordonnées qu'une chambre de Satie. Tout est sonore et visuel, tout arrive en même temps, j'ai bien du mal à hiérarchiser et je passe mon temps d'écriture à courir après toute cette matière, et à essayer de me comprendre moi même. Une fois que j'y suis arrivée, le scénario, le roman, l'objet est là. Poussé par un autre. Ma vie d'écriture est une suite de passages de l'actuel à l'inactuel.


 

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui souhaiterait raconter une histoire?

 

De surtout n'en écouter aucun.

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