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chronique de Tatiana GOUSSEFF au Festival Off d'Avignon avec MA VIE EN BIAIS

9 Juillet 2017, 20:11pm

Publié par Brigitte Sabban-Weyers

chronique de Tatiana GOUSSEFF au Festival Off d'Avignon avec MA VIE EN BIAIS
Samedi 8 juillet 2017 / Jour 2
Il y a des gens qui vont chercher, à 80km d’Avignon, un dromadaire pour la parade. Il y a des gens déguisés en ours, en lapin, en singe, en âne, des jeunes femmes littéralement tous seins dehors façon sirène à la proue d’un trois mats prêt à en découdre avec Jack Sparrow, des jeunes filles tous seins dedans mais sous des toges plissées transparentes, il y a des échassiers, une femme dans une tulipe géante, des éventails et des ombrelles de 3 mètres d’envergure, des fanfares, des camionnettes customisées, une chinoise mutique aux cheveux aussi longs que la Garonne enveloppée dans une immense robe cocon grège qui donne l’impression qu’elle avance sur coussin d’air, des saxophonistes qui se déplace en meute, un jeune homme qui a fait HEC dans une autre vie et manie la tchatche comme un vendeur de bagnole de luxe, des centurions, des rois Shakespeariens, des poilus de la guerre de 14, de jeunes actrices au corps parfait, aux yeux très clairs et au teint absolument transparent, de vieilles actrices qu’on croise au Casino un sac plein de courses à la main pour l’une ou dans des rues pour l’autre, qui déambule en touriste, car c’est la troisième année, plus besoin de tracter, j’ai déroulé du câble, tu sais le festival, excuse-moi...Mimiche, salut !!!...
Au milieu, déjà harassés à J+1, harcelés de pitchs divers et de supplication passionnées, les touristes tentent de prendre un petit dej, un dej, un apéro, un dîner, en essayant de distinguer au milieu des tas de flyer qui recouvrent pratiquement leur salade Caesar celui qui aura leur préférence parce qu’ils ne restent qu’un jour, une heure, sont d’ici et travaillent, désolé, sont là pour le In, pas désolé car là, pas de sourire, mais un air de penser que le Off, c’est vraiment la cour des miracles, très peu pour eux, le théâtre, le vrai, il s’annonce en trompette dans les lieux dédiés, il est tamponné subventionné, c’est pas de la rigolade, on n’est pas là pour s’offrir le luxe de la curiosité, en terme de découverte, on chasse la valeur sûre, souvent parisienne, alors le regard est las, le sourire à la fois sec et condescendant, quand on a le temps de sourire, bien sûr.
Mais aucune importance, car dans le off, on est tous logés à la même enseigne, on se croise, on se sourit, on s’auto promeut, on essaie de voir si on pourra aller voir ces camarades qu’on ne connaît pas encore mais qui sont familiers de vivre la même guerre joyeuse et décomplexée, armés du même courage et de la même détermination, des mêmes coups de blues peut-être et du même épuisement. Dans le off on croise aussi des gens qui savent tout ça, des gens habitués, des gens passionnés, des gens bienveillants, des gens généreux qui acceptent la règle du jeu avec un sourire avenant et un regard encourageant, des gens qui écoutent, qui donnent de leur temps, sourient, disent “oui bien sur, parlez-nous de votre spectacle”, et vous sourient, et vous disent qu’ils viendront, et ils viennent !
Au milieu de ce grand cirque circonscrit par les remparts, il y a Tatiana Gousseff, déguisée en elle-même, perché sur des sandales à hauteur normale, qui déambule le premier jour avec le sentiment d’inspirer la pitié, mais qui dès le lendemain, a remisé par devers elle les états d’âmes stériles et choisi de ne pas déposer les tracts sur les tables comme une serveuse pose des couverts sur une table en début de service, mais de discuter à la cool, de prendre son temps, de marcher à son rythme d’actrice ni jeune ni vieille et qui voyage léger : un paquet de tracts, un chapeau de paille, une langue bien pendue quand il faut, et tout à fait disposée à se retirer dans sa bouche quand il semble que ce soit tout sauf le bon moment.
Aujourd’hui, plus de monde. Les gens ont commencé à rire. Les deux jeunes filles du premier rang, 20 ans maximum, perplexes au début, ont applaudi à foison. La dame seule au milieu, la cinquantaine, ne m’a pas lâchée du regard une seule seconde et comprenait très bien de quoi je parlais. La directrice de théâtre parisien a beaucoup aimé, paraît-il. Le jeune homme à jardin ne s’est pas endormi et a fini par rire franchement, et les autres, je les remercie du fond du cœur mais ils ne comptent pas pareil (même s’ils ont payé leur place, et je les en remercie) parce que je sors du ventre de l’une, que l’autre a partagé le dit ventre avec moi, et que les deux autres sont venus avec eux. Les autres encore, ceux qui étaient dans le noir, je ne sais pas qui ils sont mais je les remercie d’être venus !
Jour 2 : de l’art d’apprendre à tracter habillée, sans dromadaire, sans carte 12/25 de la sncf, sans saxophone et sans complexe.
À demain !
 

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